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19.10.2007
La date d’entrée en service du 787 Dreamliner est repoussée.
Début septembre, Boeing avait annoncé que le premier vol de son 787 Dreamliner aurait seulement lieu entre la mi novembre et la mi-décembre 2007. Le 10 octobre dernier, c'était au tour de la livraison du premier appareil d'être reportée de 6 mois. Celle-ci n'est plus prévue avant novembre ou décembre 2008 au lieu de mai 2008. Ce retard comprend un décalage de 5 mois de la fin de l’assemblage du premier appareil tandis qu’un mois supplémentaire est alloué aux essais en vol. Ceux-ci voient ainsi leur durée ramenée de 6 à 8 mois. Ce retard n’est pas une surprise et était attendu par les clients de cet appareil ainsi que par la communauté aéronautique en général.
La découverte successive de différents problèmes a mis à mal un planning resserré
Dès la livraison des principaux ensembles structuraux (terminée le 17 mai 2007), plusieurs problèmes majeurs étaient apparus :
- des systèmes critiques (la plupart semble t’il) n’avaient pas été pré-installés dans les tronçons de fuselage et les ailes avant leur livraison ;
- le stabilisateur horizontal présentait beaucoup de défauts et de zones requérant des travaux complémentaires ;
- certaines des structures livrées comportaient beaucoup de rivets temporaires (une pénurie de rivets avait été mentionné).
Tous ces problèmes ont nécessité une adaptation de la chaîne d’assemblage ainsi qu’un surcroît d’activités, de temps et de main d’oeuvre. Des équipes de Boeing ont également été détachées chez ses partenaires tandis que des discussions se sont tenues (sur les contrôles qualité notamment) pour éviter ce genre de problèmes à l’avenir. Malgré tout, cela n’a pas empêché les équipes de Boeing de réussir à assembler le premier appareil en 49 jours, lequel a ainsi pu être présenté comme prévu le 8 juillet 2007 devant 15000 personnes (cf. photo).

Cependant, cet appareil était une « coquille vide » (c’est-à-dire non équipé de ses équipements) qui a été démonté ensuite (suivant une source interne de Boeing). L’annonce ultérieure d’un retard supplémentaire, cette fois dans le développement des logiciels des commandes de vol électriques, sera suivie par le report du premier vol de fin septembre à la mi-novembre (au plus tôt), sans décalage de la date d’entrée en service. La conservation de cette échéance impliquait dès lors de réaliser la totalité des vols d’essais en moins de 6 mois (au lieu des 9 prévus à l’origine), un challenge quasi impossible à tenir. Pour mémoire, la certification du dernier appareil de Boeing, le 777, avait nécessité 11 mois d'essais en vol. Donc même avec 6 avions (au lieu de 5) et 34 pilotes, réussir à réaliser les 3700h d’essais au sol et les 3100h d’essais en vol requis relève de l’exploit, le moindre problème étant source de délai. Par conséquent, le report de la livraison du premier 787-800 à la compagnie japonaise ANA devenait inévitable. D’autant que pour ne rien arranger, le Dreamliner se retrouvait au centre d’une polémique sur sa sécurité en cas de crash, initée par un ex-ingénieur spécialiste des composites de chez... Boeing !
Sagesse, transparence, optimisme… et de nouveaux challenges en perspective !
En annonçant officiellement ce retard dès maintenant, Boeing fait preuve de sagesse car cela lui permet à la fois de retrouver des marges de manœuvre en matière de calendrier et d’espérer limiter les compensations à verser à la quinzaine de compagnies impactées. Celles-ci peuvent de leur coté s’adapter en conséquence, ce qu’elles semblent avoir fait. Boeing fait aussi à cette occasion preuve de transparence, gage de fiabilité et preuve que des leçons ont été tirées des errements du passé. Mais le plus important est que les difficultés rencontrées par Boeing sont d’ordre organisationnelle plutôt que technique, cela bien que ce programme introduise un grand nombre d’innovations. Il s’agit certainement d’une conséquence du passage d’une organisation où Boeing construisait un avion en interne avec l’aide de fournisseurs à une organisation où Boeing travaille en collaboration avec de multiples partenaires répartis sur la planète à la fabrication d’un nouvel appareil. Les responsabilités, les risques et les coûts sont répartis sur les différents partenaires. Cette nouvelle organisation du travail requiert des personnels impliqués un changement de mentalité ainsi qu’une nécessaire adaptation. Mais surtout, celle-ci se traduisant par une externalisation importante, elle renforce l'importance de la gestion et de la coordination de la chaîne d’approvisionnement qui devient même créatrice de valeur, à un moment où des tensions apparaissent chez les fournisseurs et au niveau des matières premières.
Boeing a donc été -semble t’il- un peu trop optimiste et a peut-être sous-estimé certaines difficultés. Malgré tout, les travaux approchent de leur terme. Le premier appareil est désormais de retour sur ses roues et ce seraient les travaux hors séquence nécessaires pour terminer l’appareil qui seraient plus longs que prévus à réaliser et qui auraient entraîné les derniers retards. Cela étant, un nouveau challenge se profile déjà à l’horizon. En effet, il est évident qu’en l’état actuel, la montée en cadence nécessitera elle aussi une vigilance accrue. Sa durée est restée inchangée par rapport au calendrier initial mais 35 appareils (contre 22 prévus initialement) seront construits pendant les essais en vol du Dreamliner. Celui-ci étant vendu entre 146M$ et 200M$ selon les options, toute modification majeure requise pendant ou à l’issue des essais en vol aura un surcoût plus important que ce qui était prévu à l’origine. De plus, 109 appareils devront être construits entre novembre 2008 et décembre 2009 (112 initialement) avec une cadence de production de 6 par mois 6 mois après la première livraison. Cela est un véritable challenge qui sera sans doute difficile à réaliser, d'autant plus pour un tel appareil. L’avenir dira si Boeing et ses partenaires arriveront à tenir ces délais ou si la montée en cadence de production sera finalement étalée dans le temps.
Photos : photo du haut, Boeing; photo du milieu, Bo Kim via le site Airliners.net; image du bas (cliquez dessus pour l'agrandir), Boeing.
16:20 Publié dans Question d'actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : boeing, 787, dreamliner, retard










